2.54

1. Celui qui agit avec honnêteté, sa vie est réelle.
2. Celui qui construit avec honnêteté, son œuvre est éternelle.
3. Celui qui est honnête, l’œuvre de sa vie sera toujours honorée.

4. Si tu laisses la vérité s’exprimer en toi-même, tu seras authentique.
5. Si tu laisses la vérité s’exprimer en l’autre, la communauté s’épanouira.
6. Si ce qui est vrai s’exprime dans le monde, les êtres s’éveillent.

7. Celui qui est honnête laisse la vérité s’exprimer.
8. C‘est pourquoi il la connaît.

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Un esprit silencieux, un esprit simple
Quand nous sommes conscients de nous-mêmes, tout le mouvement de la vie contribue à dévoiler le « moi », l’ego, le soi. Le soi est un processus complexe qui ne peut être dévoilé que par la relation, par nos activités quotidiennes, dans la façon dont nous marchons, dont nous jugeons, dont nous calculons, dont nous condamnons les autres et nous-même.

Tout cela révèle l’état conditionné de notre propre pensée et il est important d’être conscient de ce processus dans sa totalité. C’est seulement par une attention consciente de ce qui est vrai moment après moment qu’il y a découverte de l’éternel au-delà du temps. Sans connaissance de soi, l’éternel ne peut être.

Quand nous ne nous connaissons pas nous-même, l’éternel devient un simple mot, un symbole, une spéculation, un dogme, une croyance, une illusion dans lequel l’esprit peut s’échapper. Mais si l’on commence à comprendre le « moi » jour après jour dans la variété de ses activités, alors dans cette compréhension sans effort, ce qui n’est pas de l’ordre du temps ni du concept apparaît.

Cet état hors du temps n’est pas la récompense de la connaissance de soi. Ce qui est éternel ne peut pas être poursuivi, l’esprit ne peut pas l’acquérir. Il apparaît quand l’esprit est silencieux et c’est seulement quand l’esprit est silencieux, qu’il est simple, quand il ne cherche plus à accaparer, condamner, juger, mesurer. Alors seulement cet esprit simple peut comprendre la réalité, celui qui est plein de mots, de connaissances, d’informations, ne connaît rien d’autre que cela. L’esprit qui analyse et calcule n’est pas un esprit simple.

L’autorité empêche d’apprendre
Nous apprenons généralement grâce par exemple à l’étude d’un livre, en faisant une expérience ou en étant instruit. Ce sont généralement les méthodes d’apprentissage habituelles. Nous dirigeons notre mémoire vers ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, vers ce qu’il faut penser et ce qu’il ne faut pas penser, comment sentir, comment réagir.

Par l’expérience, par l’étude, par l’analyse, par l’investigation, par l’examen introspectif nous stockons la connaissance dans la mémoire, et la mémoire fait alors face aux défis et besoins suivants, lesquels introduisent de nouvelles expériences et de nouveaux apprentissages. Ce qui est appris est placé dans la mémoire en tant que connaissance et cette connaissance est utilisée à chaque fois qu’il y a un défi ou que nous avons à faire quoi que ce soit.

Je pense qu’il y a une manière d’apprendre totalement différente et je vais en parler un peu, mais pour la comprendre et apprendre de cette façon, vous devez être complètement libre de l’autorité car sans cela vous serez seulement instruit et vous répéterez ce que vous aurez entendu. C’est pourquoi il est très important de comprendre la nature de l’autorité. L’autorité empêche d’apprendre, et apprendre n’est pas l’accumulation de connaissances dans la mémoire. La mémoire répond toujours d’une manière schématique et conceptuelle, il n’y a là aucune liberté.

Un homme qui est écrasé par la connaissance et les instructions, qui est encombré par les choses qu’il a accumulées, n’est jamais libre. Il peut être un érudit extraordinaire mais son accumulation de connaissances l’empêche d’être libre et le rend donc incapable d’apprendre.

J. Krishnamurti, The Book of Life

8. Le soi se trouve au-delà de l’esprit

Vous désirez toucher à cet état de joie stable mais comment quoi que ce soit peut être stable quand l’esprit lui-même n’a pas de stabilité ? Un esprit ne peut pas être à l’origine de la stabilité car le changement est dans sa nature même. La seule chose qu’il est possible c’est d’être attentif à la conscience au-delà de l’esprit.

Pour cela, refusez toutes les pensées à l’exception d’une seule, « je suis ». L’esprit se révoltera au commencement mais avec patience et persévérance il capitulera et gardera le silence. Une fois que vous êtes silencieux, des choses se dérouleront spontanément et naturellement sans qu’il y ait d’interférence de votre part. Vous pouvez éviter ce combat avec l’esprit en vivant votre vie telle qu’elle vous vient en étant vigilant, attentif et en permettant à tout ce qui arrive, d’arriver, en faisant les choses naturelles d’une manière spontanée, en acceptant la souffrance comme la réjouissance. C’est le chemin de la vie tel qu’il se présente à vous. Dans ce chemin vous pouvez être parfois heureux et parfois malheureux.

Toutefois le véritable bonheur ne réside pas dans les choses qui change, viennent et s’en vont. Le plaisir et la douleur alternent inexorablement. La joie vient du soi et peut-être trouvé dans le soi seulement. Découvrez votre véritable soi et tout le reste suivra.

Ce n’est pas votre véritable être qui est tourmenté mais d’un reflet de l’esprit qui apparaît comme agité parce que l’esprit est agité. C’est comme un reflet de la lune sur l’eau déformé par le vent, quelle que soit sa forme, le reflet n’est jamais la lune. Le vent du désir agite l’esprit et déforme le reflet du « moi-même » qui semble alors changer. Mais les idées de mouvement, d’agitation, de changement, de plaisir et de douleur sont toutes dans l’esprit. Le soi véritable se trouve au-delà de l’esprit, éveillé et imperturbable.

Pour atteindre votre véritable être il faut que l’esprit capitule. Restez éveillé et imperturbable à l’égard de ses illusions et vous réaliserez qu’être libre des événements qui viennent et s’en vont est un aspect de votre véritable nature. Et réaliser un aspect de votre nature, c’est réaliser tous les aspects.

Vous souhaitez la paix et la joie mais ne pouvez pas les avoir tant que vous désirez obtenir ce que vous n’avez pas et que vous repousser ce que vous avez. Vous ne vous éveillerez pas tant que vous voulez ce qui est plaisant et ne voulez pas ce qui est déplaisant. Vous ne toucherez pas la vérité tant que vous êtes guidé par la mémoire pour poursuivre ce qui est agréable et éviter ce qui est désagréable. Le désir de plaisir et la peur de la douleur sont deux états de désarroi.

Chaque plaisir physique ou mental a besoin d’un instrument. Les instruments physiques et mentaux sont des instruments matériels qui s’usent, s’abîment et disparaissent. Le plaisir qu’ils entraînent est ainsi limité en intensité et en durée. La douleur est à l’arrière-plan de tous les plaisirs. Vous souhaitez un plaisir parce que vous souffrez et le fait de chercher le plaisir prépare la douleur. C’est un cercle pervers.

La confusion est dans l’esprit qui est en révolte contre la confusion mais qui ne l’observe jamais véritablement. En fait il se révolte seulement contre la douleur, contre l’effet que produit sa propre confusion. Le simple examen de ce mécanisme montre le moyen d’en sortir. Soyez vigilant, questionnez, observez, enquêtez, apprenez tout ce que vous pouvez à propos de la confusion, comment elle fonctionne, ce qu’elle produit chez vous et chez les autres. En étant clair avec la confusion vous devenez clair à l’égard de la confusion.

Comment allez-vous construire cette stabilité que vous recherchez ? Vous voyez clairement que rien n’est permanent, tout s’épuise, tout se casse, tout disparaît. Le sol même sur lequel vous voulez construire finit aussi par céder. Que pourriez-vous alors construire qui survivrait à toutes choses ? Avez-vous quoi que ce soit qui ne dure pour toujours ? Ni votre corps, ni votre esprit ne dureront. Vous devez chercher ailleurs. Êtes-vous vous-même permanent ? Pouvez-vous dire honnêtement qu’avant ou après votre corps ou votre esprit « vous n’êtes pas ? », vous n’avez pas l’expérience pour le dire. Personne ne peut dire que vous n’êtes pas. La seule chose que vous puissiez dire est « je suis ».

Observez attentivement votre état actuel et vous remarquerez qu’il y a un grand vide quand l’esprit s’efface. Remarquez à quel point vous vous souvenez de peu de chose quand vous êtes éveillé ainsi. Vous ne vous souvenez pas. Un vide dans la mémoire ne veut pas dire un vide dans la conscience.

L’idée de permanence est née de l’action du temps. Le temps dépend de la mémoire. Si par permanence vous voulez signifier une mémoire sans failles à travers le temps infini, cela veut simplement dire que vous souhaiter rendre l’esprit éternel. Cela n’est pas possible. Tout ce qui est éphémère ne peut pas être rendu éternel. La seule chose qui soit éternelle est ce qui ne change pas avec le temps.

Lorsque vous comprenez que l’accumulation de connaissances dans une mémoire qui est impermanente alors vous demandez une paix éternelle. Pour avoir cette paix, il vous faut la demander avec un coeur et une vie intégrale non fragmenté. Seul ceux qui ne perturbent pas la paix peuvent la recevoir. Ceux qui sont les esclaves de leurs désirs et de leurs peurs perturbent la paix. Rien ne justifie cette perturbation, les réactions émotionnelles naissent de l’ignorance ou de l’inattention. Cherchez un esprit et un coeur pur. Cette recherche se fait en restant parfaitement vigilant et silencieux à l’égard de l’enquête sur sa véritable nature. C’est le seul chemin de paix.

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7. L’esprit

Quelles que soient les lois que prend l’univers, elles ne sont toute qu’un point de vue relatif de l’esprit. En réalité, l’univers existe seulement dans la conscience qui se tient dans l’absolu. Dans l’existence de la conscience présente, le monde apparaît et disparaît. Tout ce qui est, est moi, tout ce qui est, est une partie de moi. Avant tous les commencements, après toutes les fins, je suis. Tout ce qui existe est moi, ce « je suis » qui brille en chaque être vivant. Même ce qui n’est pas est impensable sans moi. Quoiqu’il se passe, je dois être là pour en être témoin.

En disant cela je ne nie pas le monde. Je vois qu’il apparaît dans la conscience. Qu’il est est la totalité du connu dans l’immensité de l’inconnu. Ce qui commence et se termine est une simple apparence. Le monde peut apparaître ou ne pas apparaître. L’apparence peut durer très longtemps sur une échelle de temps et peut tout aussi bien être très courte sur une autre échelle, toutefois de manière ultime cela revient au même. Toute durée de temps est passagère et n’a donc aucune réalité.

Le fait que vous me voyez dans le monde agir n’est que le signe que c’est ainsi que vous voyez le monde qui vous entoure. Ce qui pour vous occupe la totalité de l’espace de la conscience n’est pour moi qu’une minuscule partie. Le monde dure, mais seulement un moment. C’est votre mémoire qui vous fait penser que le monde continu. Moi-même je ne vis pas avec la mémoire. Je vois le monde tel qu’il est, une apparence momentanée dans la conscience. L’idée de « moi » et de « à moi », de « je suis », « d’inconscience » ou de « conscience » existe dans la conscience seulement.

Avoir cet état de perception est l’état naturel et ce n’est que par la négation qui est sans causes, sans liens, sans divisions, sans compositions, sans dépendances, sans secousses, sans questionnements, sans accès qui sont produit par les efforts. Toutes définitions positive vient de la mémoire et est donc inapplicable. Et pourtant cet état est suprêmement naturel et il est donc possible, réalisable et à portée.

Ce n’est pas une abstraction. L’abstraction est mentale et verbale, elle disparaît dans le sommeil et l’évanouissement, elle réapparaît dans le temps. L’état de perception se trouve dans le présent, le passé et le futur proviennent seulement de l’esprit. « Je suis maintenant », je ne me trouve pas dans le monde que vous avez à l’esprit. Que savez-vous de moi lorsque nous parlons à partir de votre monde seulement ? Vous n’avez aucune raison de penser que mon monde est identique au vôtre. Le monde qui est perçu immédiatement est réel et vrai tandis que le monde perçu selon les variations de l’état de l’esprit apparaît et disparaît. Le monde de l’esprit est un monde étranger et il en a peur. Le monde réel est moi et je suis à la maison.

La conscience et le monde apparaissent et disparaissent ensemble, ils sont deux aspects d’un même état.

La mémoire est dans l’esprit. L’esprit continue même dans le sommeil et aussi longtemps que l’esprit continu, le corps et le monde continuent. Votre monde est créé par l’esprit, il est subjectif, fermé sur lui-même, fragmenté, temporaire dependant du fil de votre mémoire. C’est un monde d’imagination, un monde personnel, privé, impartageable, appartenant intimement à votre esprit. Personne ne peut y entrer, voir ce que vous voyez, entendre ce que vous entendez, sentir vos émotions et penser vos pensées. Dans votre monde vous êtes vraiment seul, enfermé dans votre rêve toujours changeant que vous prenez pour la vie. Le monde véritable est un monde ouvert, commun à tous, accessible à tous. Dans le monde réel il y a communauté, intelligence, amour, qualité, l’individu est la totalité, la totalité est l’individu. Tous est un et Un est tous.

Pour ma perception ce monde n’est pas plein de personnes, il est plein de moi-même, j’apparais dans le monde, j’entends, je regarde, je parle et j’agis mais tout cela arrive comme arrive la digestion ou la respiration. La machine corps-esprit s’occupe d’elle-même et me laisse hors de son fonctionnement. De la même façon que vous n’avez pas à vous soucier que vos cheveux poussent, je n’ai pas à me soucier de mes mots ou de mes actions. Ils arrivent et ne me perturbent jamais car dans mon monde rien de mauvais n’arrive jamais.

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Tao 2.53

1. La vérité est simple, la dualité est complexe.

2. La vérité est une, la dualité est multiple.

3. La vérité est pleine, la dualité est manque.

4. La vérité est présente, la dualité est ailleurs.

5. Ainsi, pensées et actions participent à la création du bruit du monde.

6. Seul le silence de l’esprit éveil à la mélodie de la conscience.

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